la tribune d'en face

la tribune d'en face

Section Paloise 30 - Lyon 14

« Que le meilleur  gagne, mais c'est mieux quand c'est nous » Pierre Albaladejo

 

Il est plutôt inquiet, le gars Michel. Rien qui me surprenne vraiment, on ne se refait pas, mais là, il l’est plutôt pour moi, inquiet : « Qu’est-ce que tu vas bien pouvoir écrire dans ta chronique… Pour ce qu’on a vu ! » Pas tendre non plus, lui qui avait plutôt envie de zapper cette ouverture au Hameau pour aller se taper l’Aubisque « à la pédale », ce matin. Le vélo chevillé au corps ! Hélas pour lui, la montagne ossaloise avait décidé de se faire peu accueillante. Carrément aglagla, même. Il avait dû renoncer, pas maso non plus.

« Qu’est-ce que je vais bien pouvoir écrire dans ma chronique… ? Heu… heu… Ben, j’aurai toujours les photos… Pour le texte, je verrai bien… A l’impro ! » Ouais, pas simple après un match qui nous laissait sur notre faim, deuxième mi-temps fade et bien peu aboutie après une entame prometteuse. Le sentiment qu’il y avait beaucoup de pain sur la planche, beaucoup de grain à moudre.

 

« Ils avaient la pression » qu’on racontait partout. Qu’il ne fallait pas se rater après deux prestations, l’une vaseuse d’abord, l’autre plus prometteuse ensuite. Qu’il ne fallait pas décevoir dans une nouvelle enceinte luxueuse et promise à du beau spectacle. Qu’il ne fallait pas se planter d’entrée après une saison précédente porteuse de promesses.

Ce qui est certain, c’est qu’en matière de pression, ce serait d’abord les supporters qui auraient à se dépêtrer avec la leur, leur bibine confraternelle des retrouvailles, celle qu’on se dépêche d’aller écluser, comme un  rite initiatique, manière de s’imprégner de l’ambiance du comptoir, serrer des mains et se souhaiter bon match. Las ! Déjà que, par le passé, elle avait un goût amer… au sens propre! Maintenant, (était-ce l’effet Macron ?) on  avait augmenté son prix de 20%... Carrément ! Bonjour l’inflation ! Une bière au goût amer… au sens figuré, pour le Coup. Pour le prix d’un demi d’une bière de marque en terrasse dans un bar chic de Pau, on vous proposait un godet de mousse quelconque, mal brassée.  Rien à voir avec une Spaten, une 1664 ou une Goudale. Mêm pas la blancheur onctueuse de la mousse au-dessus. Que du raplapla liquide et peu goûteux. Alors, on l’avala, press’ toi presto, manière d’honorer le copain qui t’avait offert sa tournée après avoir méticuleusement cherché son porteuf’ caché au fin fond de son blouson. Celui-là même qui tiqua, surpris, quand on lui annonça le prix de sa générosité. On choqua nos godets plastoc, geste d’amitié naturel, et on but. Rien qui flattât le palais, juste quelque vertu diurétique, perturbatrice de prostate vieillissante. Même pas envie de « remettre ça ». Vite délaisser le zinc… en bois, fuir ce tarif dissuasif, pour chercher sa place en « Tribune Ossau provisoire ». Avec dans l’idée que cette « poussée inflationniste » n’était pas forcément un concept génial pour garder plus longtemps dans la place les bavards d’après-match.

 

On rejoignit donc nos baquets en plastique, après les avoir quelque peu époussetés des poussières et fiantes estivales, inquiets de découvrir ce que nous embrasserions du regard depuis notre perchoir. Curieux. Perdus entre « la tribune Ossau provisoire », en face la « tribune Nord »  dénommée du « Bon sens près de chez vous » et à gauche, celle désertique qui devrait faire notre bonheur futur de supporter chantant, celle que je ne reconnaissais déjà plus comme ma « tribune d’en face ». Méconnaissable. Comme disait ma grand-mère avec admiration : « qu’est-ce que tu as grandi, cette année » !

 

Pau-Lyon (1).JPG

 

Allais-je devoir changer l’intitulé de ma chronique ?  L’appeler « la tribune d’en bas de la tribune d’en face » ou bien « la petite tribune d’en face qui est en-dessous de la nouvelle où on voit mieux » ou bien, plus pompeusement « la Nouvelle Tribune d’en face », comme pour un journal à grand tirage ?

Toujours est-il que, dans la configuration actuelle provisoire, j’eus vite l’impression, à l’heure de la Honhada,  que le cœur et le chœur n’y étaient pas encore. Comme si l’effet acoustique n’avait pas encore trouvé sa place dans le site… Mais perché là où j’étais, dans mon coin de tribune qui n’était plus en face, rien ne me faisait penser à une place de choix au Théâtre Saint Louis ou au Zénith.

 

Trop loin aussi du terrain quand nos Palois eurent la belle idée de prendre le match en main et de se planter 3 essais rapido. Juste deviner, à l’oreille et aux bravos, que nos deux Fidjiens, là-bas dans le lointain, avaient montré de quel talent ils se chauffaient, en plongeant derrière la ligne. Frustrant et déroutant loin des repères habituels. L’impression que le stade avait perdu en longueur ce qu’il aurait pris en largeur. Même le zoom de mon appareil-photos avait du mal à régler son focus, comme un Renaud Lavillenie qui cherche ses repères sur un stade inconnu.

Alors, il y eut cette première mi-temps qui nous fit fantasmer des points-bonus à gogo. De l’allant, de l’opportunisme et un score qui enfla comme la grenouille verte et blanche qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf clermontois ou le taureau rochelais. Qui enfla derrière les initiatives spectaculaires d’un Votu de feu, des essais en votu en voilà.

Mais, l’affaire tourna court quand la pluie se mit à tomber à seau à l’assaut d’Ossau. La deuxième période se fourvoya dans l’ennui. Juste une belle démonstration en défense pour que le loup ne revienne pas dans le bois. Rien qui vaille mieux en touche avec un ballon-savonnette. Des lanceurs et des sauteurs empruntés et maladroits.

On eut juste le loisir de vérifier les suppositions et supputations quant à la trajectoire que suivraient les averses sous le nouveau toit ultra moderne suspendu au-dessus du vide. Les premiers rangs se mouilleraient… comme avant.

Et pendant que l’arbitre de touche, heureux comme un poisson dans l’eau, galopait devant la tribune vide et silencieuse, à l’abri des quolibets, lazzis et autres railleries habituels, le match s’enfonçait dans l’à-peu-près des deux côtés, festival de ballons tombés, de rucks avortés et tenus au sol sanctionnés, faute de soutien rapide et efficace.

Et le bonus rêvé s’envola sous les poutres du nouvel édifice. On se contenterait d’avoir juste pu apaiser nos craintes initiales.

En se disant que les Castrais pourraient bien venir nous remettre encore les nerfs en pelote dès Samedi prochain, si la prestation paloise n’est pas un peu plus aboutie…

 




11/09/2017
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