la tribune d'en face

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Pau 23-La Rochelle 28

 Quand le foie gras  se met à sentir le pâté.

 

C’est vrai que ce n’est pas nouveau, je m’en plains parfois, j’ai bien du mal, ce matin, à me décider : par quel bout vais-je prendre mon « papier » ?  Pas de papier collant dans lequel je risque de m’empêtrer.  Pas de papier kraft… je pourrais m’emballer. Pas de papier glacé, ça pourrait jeter un froid. Pas de papier à cigarettes, je ne veux pas faire un tabac. Peut-être alors du papier-carton, puisque c’est de cela que j’ai envie de parler d’abord. Des cartons. Ces « cartons » qui étaient devenus, ces dernières années, le nec plus ultra du rugby-spectacle. Le Lomu qui déglingue du Bernat-Salles, du Nadolo qui fait pêter du Pourailly encore gamin, du Tuisova qui explose Fumat, du Bothia qui  fout sur le cul et sur le toit de la tribune d’en face je ne sais plus quel trois-quart palois dont le nom m’échappe vu qu’il n’est pas resté bien longtemps… rugby professionnel exige.

Ces cartons qui, hélas, ont fait évoluer le rugby vers plus de violence (je ne trouve pas d’autre mot) et qui ont vite dénaturé le rugby, sa beauté, mais, surtout, ont laissé des jeunes sur le pré endeuillé. Pourtant, pouvez-vous nier que vous n’avez jamais applaudi à ces « rentre-dedans » explosifs avec « Oh ! », des « Ah ! » enthousiastes,  des « Puutaaains ! » admiratifs. Moi, je me garderai bien de vous cracher-jurer que ça ne m’est jamais arrivé ; comment pouvais-je me douter, comment pouviez-vous vous douter, dans quel impasse cela nous mettrait… même si quelques spécialistes avaient tiré la sonnette d’alarme.

Tous coupables donc, à l’insu de notre plein gré. Tous coupables, entraineurs, joueurs, arbitres, supporters, médias et ceux qui  avaient eu l’idée tordue de s’inventer ces règles si destructrices dans le seul but de faire du spectacle à tout prix. Vite devenu de l’entassement, du plaquage haut ou à deux, du retournement, générateurs de protocole commotion, de blessures graves, de « joueurs fantômes » loin des terrains des semaines entières, de « jokers de passage », de « banc » plus ou moins bien géré ; le rugby n’est plus ce qu’il était, devenu synonyme d’ennui, de crispations où même le commentateur télé n’arrive plus à communiquer un soupçon d’ enthousiasme, surfait et  de circonstance, qui ne convainc plus personne.

Et comme un clin d’œil à mon propos, voici que cette semaine, au cours d’une rencontre amicale avec quelques copains de notre rugby d’antan, celui où, encore juniors, nous découvrions ce sport qui allait devenir notre sport-passion, vecteur d’amitiés durables, Christian et Jeannot me présentent une image vieille de plus de 50 ans, l’image d’un de nos copains de l’US Nord Est, ce club qui nous avait tout appris de ce jeu : évitement, ballon calé sous un bras, raffut de l’autre, et, en face, l’adversaire qui se baisse jusqu’aux chevilles pour un plaquage d’école. Tout ce que le rugby, le vrai, n’aurait jamais dû abandonner et qu’il faudra dare-dare ressortir des cartons sous peine de voir la liste de nos gamins morts de ce jeu s’allonger dangereusement.

 

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Hélas, ce n’est pas encore hier soir que j’ai eu l’impression que les choses étaient prêtes de changer quand j’ai vu, en 2è mi-temps, Bothia, toujours et encore, rentrer en planche dans un ruck, avec une violence inouïe. Sûrement que le message n’était pas encore entré dans ses fidjiennes esgourdes. Mais je me dis qu’il n’était pas encore intégré, ce message, non plus par les milliers de spectateurs qui poussèrent un « ruuuck » guttural de leur béarno-charentaise gorge, ni par M. Raynal qui garda un coupable silence de son arbitral sifflet. Perso, il ne m’a vraiment inspiré aucune admiration, ni esclaffement ; juste un instant très court où j’ai repensé à ces deux gamins, passionnés eux aussi, qui ont perdu la vie en s’amusant sur un terrain de sport.

* * *

Alors, imaginez l’état d’esprit qui m’habitait quand, avec mon pote Robert, on se retrouva au comptoir de la « Buvette du coin d’Ossau » pour faire un bilan d’un match où nous passâmes, hélas, du meilleur au pire. Et qu’il allait falloir se ramener tout ça à la maison pour tenter péniblement de s’en faire un compte-rendu écrit.

Le foie gras appétissant qu’on nous avait servi en arrivant avait soudain viré en pâté indigeste et sans goût. «Des « maillots jaunes » s’étaient invités au repas, avaient tiré sur la nappe, avaient renversé la table et n’avaient laissé que des petites miettes… Faudrait bien s’en contenter en se disant que la disette risquait de se prolonger encore… Putain de fin d’année.

Oui, tout avait fort bien commencé ; du rugby comme on en rêvait depuis le début de saison, de celui qu’on désespérait de voir. Enfin, nos Palois se la jouaient Top 6. « Sûr, le bonus offensif, c’est pour ce soir » hurlais-je autour de moi, perdant toute tempérance devant mes auditeurs hilares de leur moquerie. La colère est mauvaise conseillère, la chauvinerie aussi, assurément. Mais comment ne pas s’émerveiller devant cet appétit de ballons, ce pressing défensif, cette justesse dans le jeu. Et Ratez qui se rate, Balès pas très balaise, Priso niais. Tout baigne… mais l’eau monte si vite que la noyade finit par se faire plus pressante. Le souffle finit par manquer, les jambes s’engourdissent,  les bras se ramollissent, les mains glissent, les gorges gémissent, les spectateurs se hérissent, les yeux se plissent, les rêves se finissent. On ne voit plus que la fière tignasse du géant jaune qui caracole tous azimuts, on retrouve Vito vite haut, Andreu se met en quatre et Atonio fait pêter sa double poussée, La Rochelle se joue les « Francofolies ovales ». Le Palois ne chope plus une gonfle, tarde dans les rucks, plie en mêlée. Sans inspiration offensive, il regarde son adversaire créer le beau jeu. Seul Slade se démène à créer… pour voir ses équipiers mettre à bas ses inspirations.

A tout bouffer au début du repas, on a calé à la fin du festin et laissé les autres se goinfrer du dessert. Et comme le chef-cuistot a mal réparti les plats, l’indigestion n’a pas tardé … A se demander s’il est le bon cuistot du moment…  A se demander pourtant si un autre ferait mieux, même c’est celui qui a fait sa popote dans le grand restaurant toulousain 4 étoiles, l’Européen, et à l’Hôtel de France ensuite. Pas sûr. Tendance à penser  que les convives ne sont pas de fins gourmets, c’est tout. Quant au directeur du resto, il se contente de dire que la sauce est bonne et qu’il garde le chef et les cuistos. Et si les clients changeaient de resto devant cet aveuglement ? Et si le feu se mettait dans le four et sous les popotes ?

Mais voilà, « on travaille, on fait confiance et on se parle ». On vous le dit, on vous le répète ! Bien obligé de le croire. Mais pas obligé de croire que c’est ça qui fait gagner les matchs. Pas forcé de se dire que Montpellier transformera nos joueurs en Hérault. Pas être persuadé que c’est ça qui rattrapera le pied qui glisse au bord du trou qui s’effrite.

 

Allez, bon Noël tout de même, avec tous ceux que vous aimez. Demain sera un autre jour. Et tant qu’on va au Hameau …

 



23/12/2018
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